Le Festival de Cannes dont la 62e édition se déroulera du 13 au 24 mai a dévoilé jeudi la composition du jury qui sera présidé par l'actrice française Isabelle Huppert. Ce jury comprend notamment l'écrivain Hanif Kureishi, la comédienne Shu Qi et les réalisateurs James Gray, Lee Chang-dong et Nuri Bilge Ceylan. Les sept jurés auxquels devrait venir s'ajouter une huitième, une femme en vertu de la règle de la parité adoptée par le festival, décerneront la Palme d'or la veille de la clôture du festival. Le réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan est souvent venu concourir à Cannes où il a obtenu le Grand Prix en 2003 avec "Uzak" et en 2008 le Prix de la mise en scène pour "Les trois singes". Les deux autres cinéastes jurés sont l'Américain James Gray, auteur de films policiers habitué de Cannes et en lice pour la Palme d'or l'an dernier avec "Two lovers" et le Coréen Lee Chang-dong, en compétition en 2007 avec "Secret sunshine". Nouveau venu, le romancier britannique Hanif Kureishi, dont les livres ont souvent été adaptés au grand écran, de "My beautiful laundrette" de Stephen Frears à "Intimité" de Patrice Chéreau, complète ce jury, côté hommes. Le jury comprend trois comédiennes: l'Italienne Asia Argento, souvent présente sur la Croisette ces dernières années comme interprète de films d'Abel Ferrara, Catherine Breillat ou Olivier Assayas, la Taïwanaise Shu Qi, venue en 2001 pour "Millenium Mambo" de Hou Hsiao Hsien et l'Américaine Robin Wright Penn, épouse de l'acteur-réalisateur Sean Penn, président du jury l'an dernier. Isabelle HUPPERT, Présidente (Actrice - France)
Fille d'un PDG d'une entreprise de coffres-forts et d'une prof d'anglais, Isabelle Huppert grandit à Ville d'Avray. Inscrite au conservatoire de Versailles par sa mère, elle remporte un premier prix avec Un caprice de Musset. Après une licence de russe, elle suit des cours au Conservatoire, avec pour profs Jean-Laurent Cochet et Antoine Vitez. Elle débute au cinéma dans Faustine et le bel été, trouvant vite des seconds rôles dans des films marquants des années 70 (César et Rosalie, Les Valseuses, Le Juge et l'Assassin). En 1976, elle est Pomme, apprentie coiffeuse à la tristesse insondable, dans La Dentellière de Goretta, oeuvre délicate qui la révèle au grand public. A 25 ans, Huppert reçoit le Prix d'interprétation à Cannes pour son rôle de parricide dans Violette Nozière de Chabrol (1978). Dès lors, elle tourne avec les cinéastes français les plus exigeants, Godard (Sauve qui peut la vie, Passion) ou Pialat (Loulou, 1980), ce qui vaut à cette comédienne discrète une image d'intellectuelle. Elle se montre pourtant à l'aise dans les registres les plus variés, de l'ambiguité (Eaux profondes) à la fantaisie (La Femme de mon pote). Partie à Hollywood pour La Porte du paradis, western maudit de Cimino, elle acquiert une renommée internationale, et travaille avec Wajda, Ferreri et Losey. Parallèlement, les succès de Coup de torchon et de Coup de foudre assurent sa popularité en France.
Elle poursuit une fructueuse collaboration avec Chabrol qui semble avoir trouvé, avec cette actrice subtile jusqu'au vertige, l'interprète idéale : elle incarne pour lui Madame Bovary, mais aussi une faiseuse d'anges (Une affaire de femmes) et une postière criminelle (La Cérémonie) -deux films pour lesquels elle est primée à Venise en 1988 et 1995- une patronne perverse (Merci pour le chocolat), une juge opiniâtre (L'Ivresse du pouvoir). A partir des années 90, elle explore les frontières entre raison et folie, à travers ses rôles chez Schroeter, Mazuy (Saint-Cyr) ou lors de ses incursions dans la comédie (8 femmes, Les Soeurs fâchées).
Accumulant récompenses et hommages (Prix à Cannes en 2001 pour sa composition de Pianiste frustrée chez Haneke, Prix spéciaux pour l'ensemble de sa carrière à San Sebastian en 2003 et Venise en 2005, expo photo qui fait le tour du monde en 2006), l'hyper-active Huppert (chacune de ses prestations théâtrales crée l'évenement) tourne avec la fine fleur du cinéma d'auteur hexagonal (Doillon, Jacquot, Assayas, Chéreau), mais aussi avec de jeunes Européens prometteurs (Lafosse, Ursula Meier) ou des Américains iconoclastes (Hartley, O. Russell). Elle part au Cambodge pour Un barrage contre le Pacifique, au Cameroun pour White Material et en Italie pour Villa Amalia, trois films à l'affiche en 2009. Cette année-là, la cinéphile Huppert préside le jury du Festival de Cannes.
Asia ARGENTO (Actrice, Réalisatrice, Scénariste - Italie)
Seconde fille du réalisateur italien de films d'horreur Dario Argento, Asia Argento débute sa carrière cinématographique alors qu'elle est à peine âgée de 11 ans, dans Démons 2 de Lamberto Bava, et apparaît ensuite dans les films de son père (Trauma, Le Syndrome de Stendhal, Le Fantôme de l'Opéra), tout en multipliant les projets avec d'autres réalisateurs. Déjà populaire auprès du public italien, sa carrière prend rapidement un tour international. On la retrouve ainsi dans La Reine Margot de Patrice Chéreau en 1994. En 1998, elle tourne sous la direction de Michael Radford dans B. Monkey. Sa prestation aux cotés de Rupert Everett lui ouvre les portes du continent américain. Après avoir figuré au générique du New Rose Hotel d'Abel Ferrara, elle rejoint le musculeux Vin Diesel à l'affiche de XXX, sa première superproduction, ce qui ne l'empêche pas de figurer entretemps au générique d'un film français :Les Morsures de l'aube.
Parallèlement, Asia Argento passe à la réalisation. En 2000, elle signe son premier long métrage, Scarlet Diva, (auto)portrait d'une star déjantée dont elle écrit également le scénario. Elle renouvelle l'expérience quatre ans plus tard, avec Le Livre de Jérémie, adaptation d'un roman de J.T. Leroy dans lequel elle incarne une jeune mère qui se prostitue sur les aires d'autoroute.
Fidèle à ses choix artistiques exigeants, Asia Argento apparait l'année suivante dans le très beau Last days de Gus Van Sant, avant de rejoindre les zombies affamés de George A. Romero dans Land of the dead , une forme de clin d'oeil à ses prestations dans les films d'horreur de son père. Coqueluche des réalisateurs branchés, c'est donc tout naturellement que Sofia Coppola lui offre un rôle dans son Marie-Antoinette; l'un des films les plus ambitieux de 2005. D'autres projets d'envergure suivent. Asia Argento s'engage dans Transylvania sous la direction de Tony Gatlif avant de prendre part au très sulfureux projet de Catherine Breillat, Une vieille maîtresse.
Nuri BILGE CEYLAN (Réalisateur, Scénariste, Acteur - Turquie)
Titulaire d'un diplôme d'ingénieur à l'université du Bosphore, Nuri Bilge Ceylan étudie ensuite la mise en scène à Istanbul, sa ville natale. Dès son premier court métrage, Koza, il est sélectionné au Festival de Cannes. Il tourne en 1998 son premier long métrage, Kasaba, qui obtient le Prix Spécial du Jury au Festival Premiers Plans d'Angers.
C'est avec son deuxième film Nuages de mai, sélectionné à Berlin, qu'il accède à la reconnaissance internationale. La critique salue ce film contemplatif réalisé par un admirateur d'Ozu et Bergman. Auteur à part entière, Ceylan participe à toutes les étapes de la création de l'oeuvre (scénario, réalisation, montage, production) et s'entoure de proches, parents et amis, pour l'équipe technique et le casting, tout en faisant souvent appel à des comédiens non-professionnels.
En 2003, Uzak, qui aborde des questions sociales (le travail, l'urbanisation) à travers l'étude de la relation entre deux frères, est le film de la consécration pour Ceylan. Premier réalisateur turc à figurer dans la compétition cannoise depuis Yilmaz Guney, Palme d'or pour Yol 20 ans plus tôt, il en repart auréolé du Grand Prix et du Prix d'interprétation pour ses deux comédiens. Il revient sur la Croisette avec son quatrième long métrage, Les Climats (2006), portrait d'un couple en crise, dans lequel il joue le rôle principal aux côtés d'Ebru Ceylan, son épouse à la ville. Celle-ci co-écrit le scénario des Trois singes, Prix de la Mise en scène Cannes en 2008, une nouvelle exploration des méandres de l'âme humaine, entre compromis et lâcheté.
Attiré dès son plus jeune âge par l'univers du spectacle, Lee Chang-dong se fait tout d'abord connaître comme écrivain, publiant plusieurs livres dans les années 80. En 1993, il débute dans le cinéma en devenant scénariste et assistant du réalisateur Park Kwang-su sur le film "L'Ile étoilée". Il passe à la réalisation en 1996 avec Poisson vert, sélectionné dans plusieurs festivals, mais c'est avec son deuxième long métrage, Peppermint candy (2000) que Lee Chang-Dong accède à la reconnaissance internationale. Très remarqué à la Quinzaine des Réalisateurs, lauréat de trois prix à Karlovy Vary, ce film retrace, à rebours, l'existence d'un homme que le désespoir pousse au suicide. Prix de la Critique internationale à la Mostra de Venise et grand succès public en Corée, Oasis (2002) confirme la délicatesse et l'humanité du cinéma de Lee Chang-Dong, qui décrit cette fois l'histoire d'amour qui unit un jeune déliquant à une paraplégique. A la littérature et au cinéma, il faut ajouter la politique, puisque Lee Chang-Dong occupe pendant un an le poste de Ministre de la Culture de Corée du Sud entre 2003 et 2004. Il signe en 2007 son quatrième long métrage, Secret Sunshine, portrait d'une jeune mère fragilisée par les épreuves de la vie, une oeuvre subtile et énigmatique, qui vaut à l'actrice Jeon Do-Yeon le Prix d'interprétation féminine au 60e Festival de Cannes.
En 1994, alors qu'il n'a que 25 ans, son premier long métrage Little Odessa reçoit le Lion d'argent à Venise (ex-aequo avec Créatures célestes de Peter Jackson). Cette oeuvre âpre et virtuose s'attache au conflit psychologique d'un tueur solitaire (Tim Roth), en rupture avec sa famille et la communauté russe de New York. Refusant ensuite de mettre en scène plusieurs scripts (dont Ennemis rapprochés), il écrit une adaptation de Paycheck de Philip K. Dick, qu'aucun studio ne veut financer. Son deuxième long métrage, The Yards, écrit entre 1995 et 1997 et produit par Miramax, voit le jour en 2000. Sélectionné à Cannes, ce film noir aux allures de tragédie antique réunit grands anciens (James Caan, Faye Dunaway) et jeunes pousses prometteuses (Mark Wahlberg, Joaquin Phoenix, Charlize Theron).
S'il compte de fervents admirateurs (parmi lesquels Claude Chabrol), Gray devra attendre sept ans pour signer son troisième opus, La Nuit nous appartient, présenté sur la Croisette en 2007. Le New-yorkais creuse son sillon avec cette oeuvre sombre qui reprend ses thèmes fétiches (la famille, la Mafia) et les acteurs du film précédent (Wahlberg, Phoenix). James Gray surprend son monde en réalisant un nouveau film quelques mois plus tard seulement, Two Lovers, dans lequel -autre nouveauté- il n'est pas question de la pègre. Mais on y reconnait sans peine la patte de son auteur, à travers la noirceur du propos, la beauté de la photo ou encore la présence au casting de Joaquin Phoenix (dans le rôle d'un homme tourmenté partagé entre deux femmes, Gwyneth Paltrow et Vinessa Shaw). En lice pour la Palme d'or, Gray repart encore une fois bredouille.
Hanif KUREISHI (Ecrivain, Scénariste - Royaume Uni)
Fils d'une Anglaise et d'un Pakistanais, Kureishi a étudié la philosophie à l'université de Londres. Ses livres traitent essentiellement de l'immigration, du racisme et de la sexualité. Il est un des représentants les plus connus de la nouvelle « école » d’écrivains britanniques d’origine étrangère. Un de ses ouvrages les plus connus est My Beautiful Laundrette, scénario d’un film dont le personnage principal est un garçon d’origine anglo-pakistanaise, homosexuel, qui grandit à Londres dans les années 1980. Le film a été réalisé par Stephen Frears et il a remporté le New York Film Critics Best Screenplay Award et a été nommé aux Oscar pour le prix du meilleur scénario. Kureishi a également écrit pour Stephen Frears le scénario de Sammy and Rosie Get Laid. Le livre de Kureishi Le Bouddha de banlieue (The Buddha of Suburbia, 1990) a reçu le Whitbread Award du meilleur premier roman et a été adapté en série télévisée (avec une musique de David Bowie).
Le roman Intimité (Intimacy, 1998) a provoqué un débat, car l’histoire évoque un homme qui, se sentant physiquement et émotionnellement rejeté par sa femme, avec qui il a deux enfants, la quitte. Le débat ne portait pas sur le livre, mais sur le fait que l’auteur lui–même venait de quitter sa femme et ses deux fils. En 2000–2001 le roman a été librement adapté au cinéma par Patrice Chéreau. Le film a remporté deux Ours au Festival de Berlin, un Ours d’Or du meilleur film et un Ours d’Argent de la meilleure actrice pour Kerry Fox. La pièce de Kureishi The Mother, également adaptée au cinéma par Roger Michell, montre une relation transgénérationnelle où les rôles habituels ont été inversés : une dame anglaise de 70 ans séduit le petit ami trentenaire de sa fille. Dans Contre son cœur (My Ear at His Heart), un récit autobiographique, Kureishi évoque son père, qui s’était également essayé à l’écriture, et la genèse de sa propre inspiration.
Shu QI (Actrice - Taiwan)
D'origine taiwanaise, Shu Qi débute sa carrière cinématographique en tournant à Hong Kong. Son premier film est Sex and zen 2 en 1996. Elle tourne dans de nombreuses comédies adolescentes mais aussi des films "érotiques". Sa rencontre avec le réalisateur de films d'action Andy Lau lance sa carrière en lui offrant le rôle principal dans 5 de ses films dont Storm Riders (1998). A vingt-cinq ans à peine elle a plus de 30 films à son actif, elle est une star en Asie et a remporté de nombreux prix équivalent aux César à Hong Kong. En 2000, elle joue dans Hidden Whisper de Vivian Chang. Mais c'est dans Millennium Mambo (2001) de Hou Hsiao Hsien qu'elle donne sa pleine mesure, son interprétation de Vicky crève l'écran. Elle poursuit son métier en enchaînant des productions éclectiques comme le film d'action Le Transporteur en 2002 ou le drame Three times (2005) où elle est une nouvelle fois dirigée par Hou Hsiao Hsien.
Robin WRIGHT PENN (Actrice - Etats-Unis)
Fille d'un cadre de l'industrie pharmaceutique et d'une directrice commerciale dans les cosmétiques, Robin Wright grandit en Californie. Repérée, adolescente, dans une discothèque par un photographe, elle exerce l'activité de mannequin pendant un an, puis se tourne vers la comédie. Elle décroche rapidement le rôle de la douce Kelly Capwell, une des héroïnes du soap à succès Santa Barbara (1984-1988), grêce auquel elle se fait connaître.
Après une première apparition sur grand écran en 1986 dans Hollywood vice squad, elle est choisie pour incarner Bouton d'or, alias Princess Bride dans le conte de Rob Reiner en 1987 - on la retrouvera en 1992 dans le tout aussi familial Toys, aux côtés de Robin Williams. En 1990, sur le tournage des Anges de la nuit, elle fait la connaissance de son futur mari, le comédien Sean Penn. Lorsque celui-ci passera derrière la caméra, il confiera de beaux personnages à celle qui s'appelle désormais Robin Wright Penn : une artiste bienveillante dans Crossing Guard puis une femme battue dans The Pledge. Tous deux forment aussi le couple chaotique de She's so lovely de Nick Cassavetes (1997).
Nommée au Golden Globe pour le rôle de Jenny, le grand amour de Tom Hanks-Forrest Gump (1994), cette belle blonde se tient à distance du star system -elle refusa nombre de gros films (Robin des Bois, Batman Forever) pour s'occuper de sa famille. S'illustrant souvent dans des mélos (Une bouteille à la mer, Laurier blanc), Robin Wright Penn joue à plusieurs reprises les épouses distantes, celle de Bruce Willis dans le thriller Incassable de M. Night Shyamalan (2000), ou celle de Jude Law dans Par effraction d'Anthony Minghella. Après La Légende de Beowulf (2006), qui la voit renouer avec l'univers médiéval de Princess Bride, elle campe l'ex de De Niro dans What just happened ? de Barry Levinson.
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