vendredi 15 mai 2009

"Bright Star" : le retour de Jane Campion

Lauréate de la Palme d’or en 1985 pour La Leçon de piano, et à ce titre seule femme à avoir reçu la récompense suprême, Jane Campion est de retour en compétition officielle avec Bright Star. Histoire d’amour passionné entre le poète John Keats et Fanny Brawn, qui n’a laissé que peu de traces dans l’histoire, le film est comme un contrepoint de celui de 1985, tout en gardant avec lui une continuité

Il s’agit encore d’une histoire sentimentale située au XIXe siècle. Mais elle n’est plus fictive, puisqu’elle se réfère aux amours de deux personnages existants. Keats, alors inconnu, écrivit au cours de cette passion, parmi les plus belles lettres d’amour jamais recensées, et qui constituent une des sources principales à l’écriture du scénario. Alors que La Leçon de piano mettait en relation un personnage assez frustre, avec une prude Anglaise, Bright Star rapprochent deux êtres que tout semble aussi opposer, et qui vont également se rapprocher pour vivre un amour passionné, sinon additif.

Se déroulant sur deux années, de 1818, date de la rencontre entre les deux futurs amants, et 1820, date de la mort de Keats de tuberculose - seulement âgé de 25 ans -, Bright Star (étoile brillante) traduit le romantisme de l’époque, pétri de fougue tout en retenu, donc frustrée, et de mélancolie, mais nourrie également d’une tendresse infinie.

Ce romantisme se traduit en première ligne dans un rapport à la nature, que l’on trouvait déjà dans La Leçon de piano. Mais la nature sauvage et inhospitalière de la Nouvelle-Zélande encore non maîtrisée du XIXe siècle, laisse place à une campagne anglaise, bucolique, pleine de verdure et de fleurs, d’arbres au faîte desquels l’on s’allonge, les yeux plantés dans l’azur. Les saisons tiennent une grande importance dans l’évolution du récit et la superbe scène des papillons dans la chambre de Fanny traduit cette quête de beauté et de liberté vers laquelle tendent les amants.

Bright Star évoque deux destins broyés par une conjoncture qui ne leur était pas favorable et qui charpente les grands romantiques. Ben Wishaw, révélé dans Le Parfum, campe un John Keats parfait, tout en fragilité, touchant et attachant, provoquant une adhésion immédiate. Abbie Cornish n’est pas moins convaincante, d’autant que c’est de son point de vue que toute l’histoire est racontée. Reste toutefois une certaine lancinance qui ternit quelque peu la brillance de Bright Star.

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