mercredi 13 mai 2009

Critique - "Là-haut" : Cannes regarde le monde de haut et en relief

Ce mercredi 13 mai, les lunettes rouges étaient l'accessoire le plus prisé des festivaliers. Elles ne s'accordent ni avec les smokings ni avec les robes de soirée, mais elles étaient indispensables pour profiter des images en relief de Là-haut, long métrage d'animation sorti des studios Pixar et réalisé par Pete Docter, déjà responsable de Monstres & Cie (2002). C'est la première fois que Cannes ouvrait avec un film d'animation, a fortiori en relief.

Les lunettes rouges donnent l'air un peu ridicule. D'ailleurs, le matin, à la projection de presse, Thierry Frémaux, le délégué général du Festival de Cannes, avait demandé au millier de journalistes présents de les chausser avant que la lumière ne s'éteigne, afin de les prendre en photo depuis la scène. Mais qu'importe d'avoir l'air ridicule quand on s'amuse.

Là-haut est un titre qui va comme un gant au studio de John Lasseter. Pixar plane bien au-dessus de ses concurrents. Affaire de technique, mais pas seulement. Là où les équipes de Dreamworks (Shrek et Madagascar) épuisent toutes les ressources de la parodie et du pastiche, Pixar joue l'imagination et la poésie. Là-haut n'atteint peut-être pas la majesté comique de Wall-E (2008) ou la perfection graphique de Ratatouille (2007), mais ce conte pour petits enfants s'aventure dans des endroits que le cinéma hollywoodien interdit généralement aux moins de 12 ans.

Le héros du film, Carl Fredericksen, est un octogénaire, ce qui va à rebours de toutes les règles qui président à la réalisation d'un film d'animation. Mais la transgression va bien plus loin, puisque la première demi-heure du film raconte la vie de Carl, son enfance de garçon balourd, la maladie et la mort de son épouse chérie Ellie - sujets que n'abordent guère les cinéastes d'animation. Pour tenir une promesse faite à la défunte, Carl met le cap vers les jungles d'Amérique du Sud, embarquant involontairement dans son étrange équipage (une maison de bois portée par des ballons multicolores) un gamin tout aussi empoté qu'il le fut.

La dimension aéronautique du film convient idéalement aux effets de relief. Ce n'est pas le seul usage que leur a réservé Pete Docter. La profondeur de champ, la texture des objets servent aussi à simuler des souvenirs chers, que l'on partage avec le vieil homme.

La chronique un peu sentimentale de la vie de Carl cède bientôt la place à l'imagination déchaînée et enfantine des aventures du vieillard et du gamin dans la jungle. Le terrain a été parcouru tant de fois qu'on aurait pu croire qu'il n'y avait plus rien à inventer. Pour garder les surprises (le film sort en salles le 29 juillet), on se contentera d'énumérer ce qu'on n'y trouvera pas : les ruines d'une civilisation disparue, des créatures ayant survécu à l'extinction de leur espèce et de féroces sauvages.

Enfin, on a eu la démonstration lors de la projection de presse qu'il était possible de montrer un film en relief, en version originale et sous-titrée, la transcription française des dialogues apparaissant légèrement en avant de l'image. Avant Là-haut, les films en relief (Monstres contre aliens et bientôt Coraline) étaient proposés, au choix, en relief et doublés ou tout plats en version originale.

C'est une nouvelle fois en anglais que le public a découvert le film le soir, malgré la présence de Charles Aznavour, qui prête sa voix au personnage principal en français. Et, pour la soirée d'ouverture, c'est Bryan Ferry qui a prêté sa voix à Charles Aznavour. Le fondateur du groupe rock Roxy Music a chanté She, avant que l'interprète de Comme ils disent et de Tirez sur le pianiste ne monte sur scène pour déclarer ouverte, en compagnie de l'actrice Hafsia Herzi, la 62e édition du Festival de Cannes.

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