Auteur de bandes dessinées prodigieusement drôles (Ma circoncision, Pascal Brutal, La Vie secrète des jeunes…), Riad Sattouf effectue à la Quinzaine des réalisateurs son premier plongeon dans le grand bain du cinéma. Et il a du style. Présenté dimanche 17 mai, son premier long métrage, Les beaux gosses, donnerait même à penser que tout ce qu'il touche se transforme en or.Chez ce jeune homme de 30 ans, qui en a passé douze dans un petit village syrien et le reste en France, l'alchimie procède d'une alliance bien dosée entre un esprit vif, un regard acéré sur la société qui l'entoure, une conscience politisée du monde, un humour ravageur et un vrai talent de mise en scène, qui s'adapte aussi bien au format sec du comic strip qu'à l'espace et à la durée d'un long métrage.
Dans un cas comme dans l'autre, la démarche est la même : observer au miroir grossissant des personnages dans leur environnement quotidien. Lorsque ceux-ci sont des adolescents dans un lycée de province, et que le miroir tendu est une caméra de cinéma, le résultat est un teen movie à la française.
Les beaux gosses s'ouvre sur un plan de peau, celle du visage d'un adolescent, pores ouverts, boutons bourgeonnants, la bouche en pleine action de roulage de pelle, redoublé au son par un violent bruitage de succion baveuse. L'enjeu du film est là, et pas ailleurs : rouler des pelles, se dépuceler, et réussir pour cela à se faire inviter à la soirée de la plus jolie fille du lycée.
Evidemment, les héros ne sont pas les jolis cœurs arrogants autour desquels gravitent toutes les filles, mais les deux moches à qui personne ne parle, sauf pour faire rire à leurs dépens. L'air benêt, mal attifé, Hervé vit dans une barre HLM avec sa mère, chômeuse semi-dépressive, sympa mais maladivement intrusive, génialement interprétée par Noémie Lvovsky.
D'origine arabe, Camel, son copain, qu'on imagine inspiré de l'adolescent qu'était Sattouf, est un fondu de musique métal, marginal volontaire au lycée où les voies de l'intégration passent plutôt par le rap et le R'N'B. Hors du lycée, leur vie se répartit entre soirées de spiritisme, jeux de rôles, roulage de joints et séances de branlette "à la chaussette" inspirées par le catalogue La Redoute.
C'est l'un des charmes du film que de le désinscrire de toute référence sociale ou temporelle. Tout comme la bande dessinée Pascal Brutal s'inscrit dans un futur proche où Alain Madelin aurait été élu président de la République, Les beaux gosses se déroule dans un passé récent et fantasmé qui permet à l'auteur d'entremêler un récit autobiographique et une histoire d'aujourd'hui, et au film d'être si attachant. Ce léger décalage, à peine perceptible, se creuse en évitant simplement toute référence à la mode d'aujourd'hui, à Internet, aux SMS, ou encore aux stéréotypes de la banlieue.
Ténu, le fil de l'histoire est tiré par la trajectoire d'Hervé, qui retient miraculeusement l'attention d'une fille, Aurore. Pour tenter d'arriver à ses fins, il trahit un peu son copain. Le sel du film tient à la manière dont la réalité est passée au filtre des phobies et fantasmes adolescents, le projecteur se braquant sur les détails invisibles, les petites choses dégoûtantes, les hésitations, les moments suspendus... On sort du film avec le même sentiment qu'en finissant une BD de Sattouf : une grande sympathie pour l'auteur.
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Film français de Riad Sattouf avec Vincent Lacoste, Anthony Sonigo, Noémie Lvovsky. (1 h 30.)
Sortie en salles le 10 juin 2009
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