jeudi 14 mai 2009

Critique - "Nuits d'ivresse printanière" : un film brûlant sur l'homosexualité en Chine, une fresque décevante

Poursuivi par la censure depuis son premier film, Weekend Lover (1995), poussé à tourner clandestinement, le Chinois Lou Ye n'en continue pas moins à choisir des sujets difficiles dans son pays. Summer Palace, le film qui lui valut tant d'ennuis en Chine après avoir été présenté à Cannes en 2006, osait évoquer les événements de Tiananmen. Présenté cette année le premier jour de la compétition, Nuits d'ivresse printanière embrasse sans détour la cause des homosexuels.

A Nankin, une jeune femme engage un photographe pour espionner son mari, qui entretient une relation amoureuse avec un homme, Jiang Cheng. A force de crises de rage, elle obtient que son époux soit plaqué par son bel amant, une rupture dont aucun des deux garçons ne se remettra, l'un finissant par se suicider, l'autre se faisant tatouer sur la peau ces fleurs de lotus qui représentent l'éclosion d'une passion interdite.

Le détective, qui sort avec une couturière dépressive, tombe à son tour en pâmoison pour ce bel homme qu'est Jiang Cheng, et ce trio mal arrangé (Jules et Jim inversé ; deux hommes, une femme), fait un bref bout de chemin ensemble. La caméra mobile, que Lou Ye manipule avec dextérité sur son épaule, est son atout : elle traduit les vibrations et rythmes pulsionnels de personnages mus par la jalousie, la frustration, la fièvre des corps.

Le cinéaste utilise toutes sortes de musiques d'une manière que l'on qualifiera de maladroite ou de racoleuse, selon. Il est d'évidence fasciné par le Happy Together de Wong Kar-waï, mais force est de constater que ses prouesses formelles ne servent qu'à orchestrer un ballet de téléphones portables et une tournée des lieux chauds (bars, cabarets, karaoké, sauna, chambres et cabines de douche).

Placé sous les auspices du romancier des années 1920 Yu Dafu, le film affronte la peinture des relations sexuelles entre hommes, aligne des cris de jouissance et des crises de sanglots, sans jamais parvenir à nous émouvoir sur ce que vivent les personnages. La peinture d'une Chine où la police traque les travailleurs clandestins et où tout s'arrange à coups d'argent et de relations reste à l'arrière-plan d'une ténébreuse image digitale.

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