Lors du Festival de Cannes 2008, le palmarès décerné par Sean Penn et ses acolytes pouvait se lire comme une défense du cinéma engagé dans le monde. Les trophées décernés ce dimanche 24 mai ressemblent plus à un échantillon représentatif des films retenus pour la compétition de cette 62e édition.
Le jury présidé par Isabelle Huppert n'a pu choisir entre toutes les idées du cinéma qui se sont entrechoquées deux semaines durant. La récompense suprême est allé à un cinéaste d'une grande acuité intellectuelle. Avec Le Ruban blanc, Michael Haneke change sa manière mais garde sa misanthropie. Rien à voir avec les fantasmes adolescents que Quentin Tarantino projette sur la Seconde Guerre mondiale, dans Inglourious Basterds, pourtant récompensé d'un prix d'interprétation.
Ces derniers jours, les festivaliers échangeaient des rumeurs faisant état de dissensions au sein du jury. Ce palmarès les reflète peut-être.
Cette fragmentation tient avant tout à la nature de la sélection 2009. Dans cette galaxie d'après-big bang, le jury a semblé aller au petit bonheur dès le début de la cérémonie, en attribuant le plus petit des prix, celui du jury, ex-aequo à Fish Tank et au film de vampires Thirst, ceci est mon sang..., du Coréen Park Chan-wook.
Les efforts d'Edouard Baer, le maître de cérémonie, pour contrebalancer l'impression glaciale que laissait le jury ont été couronnés de succès. Mais le pauvre Terry Gilliam, présent à Cannes avec un film hors compétition, n'a pas réussi à dérider la présidente en faisant semblant de croire qu'il était le lauréat du prix de la mise en scène qu'il devait remettre à Brillante Mendoza pour Kinatay.
L'ordonnancement presque mécanique du défilé des lauréats a encore été bousculé par Alain Resnais. Plutôt que de récompenser Les Herbes folles, son long métrage en compétition, qui témoigne d'une vigueur créatrice intacte à presque 87 ans, le jury lui a décerné un prix spécial pour l'ensemble de sa carrière. Accueilli par une ovation, le maître l'a accepté avec une grâce lucide, faisant applaudir toute son équipe, insistant sur la dimension collective du cinéma.
En arrivant aux deux derniers trophées, le Grand Prix et la Palme d'or, l'impression est venue que les récompenses n'avaient été jusqu'ici égrenées que dans un rituel préparatoire au règlement de la grande question de la soirée : fallait-il attribuer la Palme à Un prophète de Jacques Audiard ? Les arguments contre ce choix relevaient surtout de la diplomatie. En 2008, un film français, Entre les murs, de Laurent Cantet, a reçu la récompense suprême. De plus, la présidente du jury de ce festival était française.
Les arguments en faveur d'Un prophète tenaient surtout à la remarquable unanimité qu'il a suscitée, chez les professionnels français, dans la presse et chez les acheteurs de films internationaux.
Jacques Audiard et son film se sont finalement arrêtés juste avant la plus haute marche et Un prophète est reparti avec le Grand Prix. Il ne restait plus à la lauréate du prix d'interprétation féminine 2001, pour La Pianiste, de Michael Haneke, qu'à décerner la Palme d'or au même Michael Haneke. C'est à ce moment qu'Isabelle Huppert s'est départie de sa réserve et a étreint le metteur en scène du Ruban blanc. Celui-ci a reconnu qu'il était peu familier de la sensation de bonheur et a avoué que, pour une fois, il se sentait heureux.
On a eu une dernière preuve que cette 62e édition n'était pas tout à fait comme les autres. Le film projeté en clôture, Coco Chanel et Igor Stravinsky, de Jan Kounen, qui raconte leur liaison, n'était pas, contrairement à la tradition, dépourvu d'intérêt.
Cette singularité du Festival de Cannes 2009 tenait pour une bonne part à une accumulation de déceptions, impossibles à deviner au vu de la liste des films. Ce n'est pas le lieu de les énumérer, d'autant qu'elles ne sont pas universellement partagées. De nombreux festivaliers ont trouvé du plaisir au spectacle de Quentin Tarantino lutinant l'Histoire, et d'autres tiennent Brillante Mendoza pour un metteur en scène plus novateur que Johnnie To.
Finalement, c'est sans doute le film le plus hué du Festival, Soudain le vide, de Gaspar Noé, qui reflète le mieux la sensation dominante de cette édition. Les expériences psychotropes de Noé induisent une désorientation violente. Et comme le héros de Soudain le vide, entre ici-bas et au-delà, le cinéma tel qu'il s'est montré au 62e Festival de Cannes ne sait pas très bien où il est, où il va.
Le jury présidé par Isabelle Huppert n'a pu choisir entre toutes les idées du cinéma qui se sont entrechoquées deux semaines durant. La récompense suprême est allé à un cinéaste d'une grande acuité intellectuelle. Avec Le Ruban blanc, Michael Haneke change sa manière mais garde sa misanthropie. Rien à voir avec les fantasmes adolescents que Quentin Tarantino projette sur la Seconde Guerre mondiale, dans Inglourious Basterds, pourtant récompensé d'un prix d'interprétation.
Ces derniers jours, les festivaliers échangeaient des rumeurs faisant état de dissensions au sein du jury. Ce palmarès les reflète peut-être.
Cette fragmentation tient avant tout à la nature de la sélection 2009. Dans cette galaxie d'après-big bang, le jury a semblé aller au petit bonheur dès le début de la cérémonie, en attribuant le plus petit des prix, celui du jury, ex-aequo à Fish Tank et au film de vampires Thirst, ceci est mon sang..., du Coréen Park Chan-wook.
Les efforts d'Edouard Baer, le maître de cérémonie, pour contrebalancer l'impression glaciale que laissait le jury ont été couronnés de succès. Mais le pauvre Terry Gilliam, présent à Cannes avec un film hors compétition, n'a pas réussi à dérider la présidente en faisant semblant de croire qu'il était le lauréat du prix de la mise en scène qu'il devait remettre à Brillante Mendoza pour Kinatay.
L'ordonnancement presque mécanique du défilé des lauréats a encore été bousculé par Alain Resnais. Plutôt que de récompenser Les Herbes folles, son long métrage en compétition, qui témoigne d'une vigueur créatrice intacte à presque 87 ans, le jury lui a décerné un prix spécial pour l'ensemble de sa carrière. Accueilli par une ovation, le maître l'a accepté avec une grâce lucide, faisant applaudir toute son équipe, insistant sur la dimension collective du cinéma.
En arrivant aux deux derniers trophées, le Grand Prix et la Palme d'or, l'impression est venue que les récompenses n'avaient été jusqu'ici égrenées que dans un rituel préparatoire au règlement de la grande question de la soirée : fallait-il attribuer la Palme à Un prophète de Jacques Audiard ? Les arguments contre ce choix relevaient surtout de la diplomatie. En 2008, un film français, Entre les murs, de Laurent Cantet, a reçu la récompense suprême. De plus, la présidente du jury de ce festival était française.
Les arguments en faveur d'Un prophète tenaient surtout à la remarquable unanimité qu'il a suscitée, chez les professionnels français, dans la presse et chez les acheteurs de films internationaux.
Jacques Audiard et son film se sont finalement arrêtés juste avant la plus haute marche et Un prophète est reparti avec le Grand Prix. Il ne restait plus à la lauréate du prix d'interprétation féminine 2001, pour La Pianiste, de Michael Haneke, qu'à décerner la Palme d'or au même Michael Haneke. C'est à ce moment qu'Isabelle Huppert s'est départie de sa réserve et a étreint le metteur en scène du Ruban blanc. Celui-ci a reconnu qu'il était peu familier de la sensation de bonheur et a avoué que, pour une fois, il se sentait heureux.
On a eu une dernière preuve que cette 62e édition n'était pas tout à fait comme les autres. Le film projeté en clôture, Coco Chanel et Igor Stravinsky, de Jan Kounen, qui raconte leur liaison, n'était pas, contrairement à la tradition, dépourvu d'intérêt.
Cette singularité du Festival de Cannes 2009 tenait pour une bonne part à une accumulation de déceptions, impossibles à deviner au vu de la liste des films. Ce n'est pas le lieu de les énumérer, d'autant qu'elles ne sont pas universellement partagées. De nombreux festivaliers ont trouvé du plaisir au spectacle de Quentin Tarantino lutinant l'Histoire, et d'autres tiennent Brillante Mendoza pour un metteur en scène plus novateur que Johnnie To.
Finalement, c'est sans doute le film le plus hué du Festival, Soudain le vide, de Gaspar Noé, qui reflète le mieux la sensation dominante de cette édition. Les expériences psychotropes de Noé induisent une désorientation violente. Et comme le héros de Soudain le vide, entre ici-bas et au-delà, le cinéma tel qu'il s'est montré au 62e Festival de Cannes ne sait pas très bien où il est, où il va.
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