mercredi 30 septembre 2009

Critique - "The Informant !" : perruque, mensonges et agrobusiness, la farce inquiétante de Soderbergh

Voici exactement le type de film qui destine le critique au lynchage. Steven Soderbergh a en effet tendu le mécanisme de cette comédie d'espionnage industriel sur deux ressorts destinés à sauter à la figure du commentateur : l'ambiguïté du récit et le twist ending, cette fin surprise qui conduit à relire tout le film sous un angle inattendu. Donc, raconter, c'est marcher sur des oeufs.

L'histoire, inspirée d'un fait divers, n'est pas originale. Elle s'inspire de l'aventure de Mark Whitacre, biochimiste et cadre supérieur d'un géant américain de l'agroalimentaire (Archer Daniels Midlands), qui devint, de 1992 à 1996, une taupe du FBI au sein de l'entreprise.

L'action est filmée dans la ville même où se trouve l'entreprise, à Decatur dans l'Illinois. Matt Damon joue le rôle de ce golden boy replet, parangon de ringardise dès sa première apparition sur l'écran. Averti d'une fuite industrielle par un de ses contacts japonais, Mark s'en ouvre aussitôt à ses patrons qui mettent le FBI en relation avec lui pour tenter de coincer la source indélicate.

Lesté de quinze kilos

Le film lance ainsi une première fausse piste. Il y en aura d'autres, disposées sous les pieds de spectateurs qui ne demandent qu'à se laisser glisser. Contre toute attente, Mark devient à son tour informateur en confiant au FBI ses soupçons concernant l'entente illicite entre ses patrons et leurs concurrents sur le prix d'un complément alimentaire.

Reste à le prouver. Voici donc le transpirant Whitacre transformé en 007 technologique, bardé de micros et de caméras, lancé dans un formidable double jeu destiné à faire triompher la vérité. Mais quelle vérité, au juste ? La clé du film est à chercher dans la troublante personnalité de Whitacre. Improbable mélange d'inspecteur Clouzot, de Fantomas et de Monsieur Homais, cet homme entraîne tout le monde, y compris le FBI, dans la sarabande d'un plan où il finit lui-même par se perdre.

Cette trame authentique où, une fois de plus, la réalité aura dépassé de très loin la fiction, il revient néanmoins à la fiction de lui conférer son inquiétante loufoquerie. Difficile de ne pas penser, dans un registre similaire, au récent Burn After Reading (2008), des frères Coen, où le délire général de manipulation confine au grotesque. Moins farcesque et donc plus inquiétant, The Informant ! repose sur une belle trouvaille narrative, qui consiste à mettre en parallèle l'action proprement dite et le commentaire mental du personnage principal - le spectateur est ainsi plongé dans un état d'exquise intranquillité.

S'ajoute un atout majeur : l'interprétation de Matt Damon. Lesté d'une quinzaine de kilos supplémentaires, affublé d'un imper mastic, d'une perruque aux allures de soufflé, d'une moustache à côté de la plaque et de lunettes rectangulaires anti-héroïques, il est proprement méconnaissable et confondant de justesse dans ce rôle où la veulerie le dispute au génie.

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