dimanche 18 octobre 2009

Critique - "Jennifer's Body" : par la vertu de l'horreur et du pastiche, le sex-symbol devient piège mortel

Avant même d'avoir vu ce film, quelques dizaines de millions d'habitants de la planète, des mâles entres 13 et 25 ans pour la plupart, sont déjà familiers du corps de Jennifer. Ils ont vu Transformers (les deux épisodes) et, entre les jouets surdimensionnés qui donnent son titre au film, ils se sont rincé l'oeil au spectacle de Megan Fox, déguisée en garagiste court vêtue penchée avec grâce sous le capot.
On peut voir Jennifer's Body comme une leçon amusante adressée par la scénariste Diablo Cody (Juno) et la réalisatrice Karyn Kusama à tous ces adolescents plus ou moins prolongés. Le corps d'une fille est habité, dit ce film d'horreur tour à tour parodique et excessif mais constamment drôle et provocateur, et on ne peut jamais tout à fait s'en assurer.

Jennifer (Megan Fox) est la plus belle fille du lycée de Devil's Kettle, petite ville du Michigan. Elle règne sur les cheerleaders et rend fous les garçons. Comme il se doit, elle a pour meilleure amie une fille qui ne l'égale pas en beauté mais la surpasse en intelligence et lucidité. Ceci dit, Needy est loin d'être un laideron puisque c'est Amanda Seyfried, qui jouait la fille de Meryl Streep dans Mamma Mia ! Un soir qu'un groupe de rock, venu de Chicago, propose à Jennifer de faire un tour dans sa camionnette, Needy tente en vain de l'en dissuader. Quand elle revient de cette escapade, encore plus traumatisante que ce que la plus craintive des mamans poule pouvait imaginer, Jennifer n'est plus la même. Les garçons du lycée s'en aperçoivent bientôt, qui finissent éviscérés après avoir succombé aux avances de la jeune fille.

Victimes collatérales

Diablo Cody et Karyn Kusama commencent donc par retourner comme un gant le schéma habituel du slasher pour teenager (en français, ados à la découpe) qui veut que les filles soient des écervelées livrées aux tueurs mâles (en général adultes) pendant que les garçons ne sont que des victimes collatérales, rendues sans défense par leur frénésie hormonale. Mais elles n'arrêtent pas là. Il n'y a guère d'autres personnages que Jennifer et Needy. Cette dernière a un petit ami (Johnny Simmons), qui n'est là que pour meubler l'intrigue. Celle-ci tourne tout entière autour de la fascination et de la répulsion qu'éprouve Needy à l'égard de son amie si parfaite.

Dans la jointure qui unit l'intrigue horrifique (simplette et prévisible, quoiqu'amusante) à ce portrait de couple réside la faiblesse du film. On passe d'un pastiche de Wes Craven à une étude psychologique comique plus proche de Juno. Et puis, il y a Megan Fox, à la plastique si étrangement parfaite qu'il court sur Internet une théorie selon laquelle l'actrice serait sortie toute armée d'un programme d'images en trois dimensions. Son visage n'exprime rien que les mines que les photographes de posters en couleur demandent à leur modèle. On peut se consoler en se disant que cette irréalité reflète la vacuité du désir masculin. Ou rêver d'un film dans lequel Jennifer aurait été un personnage à part entière plutôt qu'une énigme.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire