dimanche 18 octobre 2009

Critique - "Lucky Luke" : le cowboy restera seul

Jean Dujardin devant la caméra, James Huth derrière : le duo gagnant de Brice de Nice remet le couvert. Depuis le succès inattendu des aventures du surfeur blond bidon, toutefois, la donne a changé. Plus question de faire un film bricolé autour de quelques gags imaginés par le comédien. Adossé à une licence coûteuse, Lucky Luke est un projet ouvertement commercial, pensé en termes de public captif et de retour sur investissement.
Jean Dujardin, l'acteur le plus bankable de France, est donc Lucky Luke, et il ne s'en sort pas mal au début. Restituant le flegme cool du personnage, il le rehausse de la touche d'ironie qui le caractérise. Le générique le montre dormant sur son cheval en marche, ou tirant dans un mur alors que son ombre n'a pas encore bougé. On s'attend à rire. On attendra longtemps.

Car cette tonalité burlesque s'éteint tout de suite. Une fois passé le générique, la comédie ne se nourrit plus que de la personnalité sympatoche de son héros, un benêt un peu gauche et content de lui, qui s'avère n'être guère plus qu'un ersatz d'OSS 117.

Adaptant la bande dessinée de Morris et Goscinny en jouant sur la collusion entre le folklore du western et l'esprit français, James Huth fait l'impasse sur les Dalton, préférant confronter son cowboy solitaire aux grandes figures de l'Ouest américain.

Ces personnages légendaires, que Morris et Gosciny convoquaient sporadiquement en guest stars, sont réduits ici à la fonction de faire-valoir : Calamity Jane (Sylvie Testud), dans le rôle de la moche sympa, secrètement amoureuse de Lucky Luke, lequel lui préfère une danseuse de saloon trop aguicheuse pour être honnête (Alexandra Lamy, partenaire des débuts de Jean Dujardin sur le petit écran dans la mini-série "Un gars, une fille", au cas où on l'aurait oublié).

Incarné par Michaël Youn, Billy the Kid est croqué en teigne débile dont les pulsions meurtrières se calment à coup de sucettes, tandis que Melvil Poupaud prête ses traits à Jesse James, bandit bien fringué qui cite Shakespeare dans les cactus. Daniel Prévost, s'est vu confier, lui, le rôle du grand (et pourtant si insipide) méchant, Pat Poker, tricheur sans foi ni loi impliqué dans le massacre des parents de Lucky Luke quand celui-ci était encore enfant.

Il faut un talent aussi grand que celui de Frank Miller (auteur de la BD Sin City, et co-réalisateur de son adaptation cinématographique) pour obtenir, en faisant endosser à des être de chair et d'os les traits caricaturaux de personnages de BD, que ceux-ci fassent éclore de vrais personnages. James Huth n'en a pas tant. Avec trois mimiques comme kit de survie, ses acteurs se retrouvent piégés, sans personne derrière la caméra qui sache les regarder.

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