mercredi 14 octobre 2009

Critique - "Rose et noir" : des idées pauvres pour une comédie sans rythme

Nous sommes en 1577 dans le royaume de France, sous le règne d'Henri III, en pleines guerres de religion entre catholiques et protestants. C'est durant cette période de guerre civile et d'atrocités sans nom, qui prête a priori modérément à rire, que Gérard Jugnot situe son nouveau film, qui aspire à être une comédie. Il y incarne Pic Saint Loup, un personnage de fiction, grand couturier fatigué et sur le déclin qui joue son va-tout lors d'un défilé de mode à la cour. L'audace créatrice des costumes, qui sont en réalité dus à un jeune couturier arabe tenu sous le boisseau, ravit le roi.

Il charge donc Saint Loup d'une mission délicate, esthétique non moins que politique, qui consiste à aller confectionner une robe de mariage destinée à la fille d'un grand d'Espagne avec laquelle se marie l'un de ses neveux. Contraint d'accepter la mort dans l'âme ce voyage en terre espagnole, où règne le terrifiant tribunal de l'Inquisition, il s'y rend en grand équipage.

Soit lui-même, homosexuel poudré et décadent, son secrétaire, un protestant qui entend faire éclater une bombe au nez des catholiques pour venger le massacre de la Saint-Barthélemy, son parfumeur, un juif marrane qui a fui l'Espagne, son coiffeur, une grande folle, et l'homme sans lequel il ne serait plus rien : ce jeune créateur maure bourré de talent, qu'il teint pour l'occasion en blond et fait passer pour un Normand.

Le contraste entre ce pittoresque équipage et le seigneur qui l'héberge, intégriste catholique aussi enténébré que délirant, est censé fournir le principal ressort comique du film. Faute de situations pour le faire fonctionner, ce premier défi se révèle tristement raté. Le manichéisme de la situation, la découpe caricaturale des personnages, l'absence de rythme, le pilotage automatique de la mise en scène à partir d'une idée somme toute assez pauvre, tout conduit le film à sa perte. Le fantôme de La Folie des grandeurs de Gérard Oury, auquel on pense nécessairement ici, reste décidément hors de portée.

L'autre défi que tente de relever le film n'est guère plus probant. Il s'agit évidemment du clin d'oeil souligné et surligné à notre époque que constitue la problématique de l'intolérance religieuse. Le premier problème est que cette dénonciation s'appuie elle-même sur les stéréotypes qu'elle est censée combattre, et que la part faite à la nécessité comique des caractères ne justifie pas la grossièreté avec laquelle ils sont campés.

Le second problème est que, à force de vouloir faire passer le message, Gérard Jugnot multiplie les explications de texte et d'image, et ruine ce faisant non seulement la possible drôlerie de son film, mais l'efficacité même de son propos. On se demande enfin pourquoi, s'il voulait vraiment tourner en ridicule un mal qui ronge le monde contemporain, Gérard Jugnot, qui n'est pas historien mais réalisateur, a éprouvé le besoin de se réfugier dans ce XVIe siècle de pacotille ?

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