Exit la caméra hallucinogène, le montage aux amphétamines, Jan Kounen (Doberman, Blueberry, 99 francs) signe un film de facture tout ce qu’il y a de plus classique, en s’inspirant de l’idylle qui lia au début du siècle dernier Coco Chanel, alors en pleine ascension, et Igor Stravinsky, qui peinait à nourrir sa femme et ses quatre enfants.Séduite par Le Sacre du printemps, lors de sa scandaleuse première au théâtre des Champs-Elysées en 1913, la créatrice de mode, encore sous le coup du décès de son amant anglais, Boy Capel (épisode sur lequel se terminait Coco avant Chanel, le film d’Anne Fontaine sorti il y a quelques mois), prit le compositeur sous son aile et lui proposa de s’installer avec sa famille dans sa grande maison de Garches.
En choisissant Anna Mouglalis, égérie de la marque Chanel, pour jouer Coco, Jan Kounen a joué la carte du glamour certifié. Pour autant, le duo qu’elle forme avec Mads Mikkelsen manque de chair, et d’esprit, et l’on peine à s’intéresser véritablement à leur histoire.
Dommage, car la scène de la première du Sacre du printemps, au tout début du film, était prometteuse. En étirant sur la durée cette soirée au cours de laquelle le public bourgeois, excédé par les dissonances de la musique et l’animalité de la chorégraphie de Ninjinsky, a mis à sac le très cossu théâtre des Champs-Elysée, Kounen met talentueusement en scène la subversion à l’œuvre dans toute création artistique. On aurait aimé que cette idée franchisse le seuil de la maison de campagne où se déroule ensuite la majeure partie du film.
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