dimanche 20 décembre 2009

Critique - "Gamines" : à la recherche du père perdu

Pourquoi ce film-là est il aussi émouvant, plus que tant d'autres longs métrages français qui lui ressemblent ? S'il fallait choisir une réponse (il y en a plusieurs, le cinéma est une affaire compliquée), on retiendrait cette séquence, vers la fin du film, qui oppose trois jeunes actrices, menées par Sylvie Testud, à Marc Barbé. On ne dévoilera pas ce qui se trame autour de cette table de café, même si depuis le début du film, on attend cette confrontation. Mais on peut dire déjà que Marc Barbé est magnifique, de fragilité, de malheur, de désarroi. Cet acteur, on le voit souvent (encore récemment dans Soleil blanc), on fait appel à lui pour sa présence massive, pour son physique tourmenté. Mais rarement pour lui faire jouer la comédie, comme il le fait si bien ici.

C'est sans doute ça qui fait la qualité du second long métrage d'Eléonore Faucher après Brodeuses : une attention aux gens - aux gens qui sont sur l'écran, les personnages ; aux gens qui leur donnent vie, les acteurs. Les gamines du film sont trois petites filles qui grandissent à Lyon, au temps de Roger Gicquel. Leur maman (Amira Casar) est italienne et les élève seule, après avoir divorcé de leur papa français.

Sybille, la fille du milieu, est blonde, en grandissant, elle prendra les traits de Sylvie Testud. C'est elle qui raconte l'histoire de ce petit clan de femmes, qui lutte pour être reconnu au dehors (par les voisins, l'école...) et pour ne pas se faire phagocyter par le grand clan italien, sur lequel règne l'oncle Salvatore (Jean-Pierre Martins, impressionnant de douce brutalité).

Gamines est construit en allers-retours entre l'enfance et l'âge adulte des trois filles, avec comme axe l'absence de ce père, dont on redoute et désire le retour, dont on fantasme les qualités, d'autant plus qu'on n'en entend jamais dire que du mal. Cette histoire ordinaire est traitée avec une attention sensuelle (comme dans Brodeuses, la belle image de Pierre Cottereau va chercher ce qu'il y a de beauté dans la vie de tous les jours) qui la rend immédiate, belle à voir, douce à toucher.

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