dimanche 20 décembre 2009

Critique - "Le Soliste" : comment sauver le journalisme ?

Il fut une époque où Hollywood célébrait les vertus d'investigation, de courage, d'obstination de la presse, par exemple dans Les Hommes du président (1976) d'Alan J.Pakula, consacré à l'affaire du Watergate. De l'eau a depuis coulé sous les ponts, comme en témoigne ce film de Joe Wright, réalisateur anglais embarqué dans l'usine à rêves pour y adapter un livre de Steve Lopez, relatant une histoire vraie.

Journaliste au Los Angeles Times, Lopez y raconte sa rencontre avec un sans-abri, Nathaniel Ayers, un musicien d'exception atteint de troubles psychiques, auquel il va consacrer une chronique régulière très populaire dans son journal, tout en tentant de le sortir de la rue.

On voit bien comment l'argument a pu séduire le récit hollywoodien, en fournissant aux scénaristes une base sociologique (la crise de la presse) et un développement fidèle aux canons du genre (la rédemption du héros).

Au premier de ces chapitres, le film décrit donc un journal de plus en plus coupé des préoccupations de ses lecteurs, mis aux abois par la crise financière, licenciant à tour de bras faute de trouver une réplique à la désaffection dont il est l'objet.

Lopez (Robert Downey Jr.) y incarne un journaliste passablement déprimé, en quête de sens. C'est ici qu'intervient Nathaniel Ayers (Jamie Foxx), musicien prodige qu'une maladie mentale a jeté dans la rue. Après l'avoir entendu jouer divinement sur un violoncelle à deux cordes en le croisant dans la rue, Lopez trouve autant un sujet original qu'une manière de se réconcilier avec lui-même.

On peut raisonnablement penser que si cette histoire s'était déroulée dans les années 70 du siècle passé, Lopez se serait lancé dans une série d'articles expliquant à ses concitoyens pourquoi un si grand nombre de SDF hantent les rues de Los Angeles, pourquoi ils sont noirs en si grand nombre, et pourquoi les édiles de la ville n'y font rien.

En 2009, la mission du journaliste, comme celle d'Hollywood qui le célèbre, est manifestement tout autre : s'offusquer que même un génie puisse être à la rue, se lier d'amitié avec lui, tenter de le sortir par ses propres moyens, avec l'aide des lecteurs émus et compatissants, de cette situation. L'échec étant d'ailleurs admis, dès lors qu'on aura reconquis l'estime de soi.

Pour peu qu'on y ajoute le sentimentalisme bon marché de la mise en scène et l'inauthenticité de l'interprétation (comment camper sinon un journaliste, du moins un fou ?), il est à craindre que ni l'avenir de la presse ni celui du cinéma ne soient assurés à l'aune de ce film.

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