Si vous voulez ne rien apprendre sur les Evènes, allez voir le nouveau film de Nicolas Vanier. Tourné dans les steppes de Sibérie occidentale, sur les terres où vivent les membres de cette tribu nomade et la harde de 3 000 rennes qu'ils se transmettent de génération en génération, Loup serait, à en croire son auteur, le résultat de sa rencontre coup de foudre avec Nicolaï, leur chef. Pour autant, celui-ci n'apparaît pas dans le film, pas plus qu'aucun des membres de son clan. Les acteurs sont des francophones aux traits asiatiques, dont les vêtements semblent tout droit sortis d'une boutique ethnique chic parisienne.Vantant en voix off les vertus de ce peuple préservé des perversions du monde occidental, ces gens qui n'ont rien selon nos critères, mais qui ont tout en réalité, il prend lui-même l'exact contre-pied du modèle qu'il défend. Mettant tout en œuvre pour réitérer le succès public de son film précédent, Le Dernier Trappeur, il publie en même temps que son film pas moins de cinq livres sur le même sujet, chacun adapté à un segment de public différent : un album photo, un roman, un roman pour la jeunesse, un album pour la jeunesse et une bande dessinée.
De la même manière, son film veut ratisser large : tourné en français, il relate une histoire d'une mièvrerie embarrassante, mais indéniablement compréhensible par tous. Nommé gardien de la harde à 16 ans, Sergueï va transgresser les lois séculaires de son clan. Au lieu d'abattre sans état d'âme les loups qui rôdent autour de ses rennes, il devient leur ami, ralliant à sa cause sa promise, la jeune Nastazia.
Gros plans sur son visage attendri devant les bébés loups, lumière tamisée sur les corps des amants sous la yourte, musique lyrique sur la beauté éternelle des paysages enneigés, aucun cliché n'est épargné au spectateur qui est prié de s'extasier devant tant d'harmonie et de simplicité.
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