La 35e cérémonie des Césars, samedi 27 février, n'a pas seulement fait un triomphe au film de Jacques Audiard - donné vainqueur depuis plusieurs semaines -, elle a aussi été ponctuée d'interventions militantes ou comiques, qui ont égratigné la politique du gouvernement, en particulier à propos des sans-papiers ou de l'identité nationale, à deux semaines du premier tour des élections régionales, prévu le 14 mars.Même les deux maîtres de cérémonie, Valérie Lemercier et Gad Elmaleh, réunis sur la scène du Théâtre du Chatelet, ont mis leur grain de sel. "C'est quoi être français ?" Les deux humoristes ont diffusé un pastiche détournant Le Petit Nicolas de Laurent Tirard, intitulé Le Petit Nicoum Ouk.
Jacques Audiard bat son record de 2006, où son film De battre mon coeur s'est arrêté avait remporté huit statuettes. Douze fois nominé, neuf fois primé, Un prophète, qui raconte le parcours d'un jeune détenu (Tahar Rahim) qui va finir caïd au sortir de la prison, a donc été plébiscité. Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleur montage, meilleure photo, meilleur décor.
L'acteur principal du film, Tahar Rahim, s'est vu attribuer deux Césars, celui de meilleur espoir masculin et celui de meilleur acteur - une première. Le jeune comédien (28 ans) a remercié Audiard de l'avoir "mis en première classe".
Meilleur second rôle, Niels Arestrup a, lui, salué "tout ce sang neuf" que le cinéaste a apporté au cinéma français, en faisant tourner des acteurs non professionnels ou inconnus du grand public.
"C'est peut-être gênant ?", s'est interrogé Jacques Audiard, en montant pour la troisième fois sur scène afin de recevoir son dernier trophée. "Si c'est trop, donnez-le à une association !", a suggéré Valérie Lemercier. "Aux cinéastes pour les sans-papiers !", a répondu le cinéaste, en brandissant sa statuette.
Jacques Audiard a attiré l'attention sur le sort de ces travailleurs en grève qui réclament "juste un titre de séjour". Un film de 3 minutes 30, réalisé par un collectif de cinéastes, sera projeté en salles à partir du 10 mars. Parmi les 300 personnalités qui ont signé une pétition de soutien, certaines se trouvaient dans la salle, dont Isabelle Adjani. La comédienne a remporté le César de la meilleure actrice pour son rôle dans La Journée de la jupe, de Jean-Paul Lilienfeld, où elle incarne une professeure de collège dans une banlieue difficile.
Emue, l'actrice a noté le paradoxe d'un film dont "personne ne voulait", d'abord diffusé sur Arte avant sa sortie en salles. "C'est le rôle le plus modeste de ma carrière", a-t-elle noté. C'est aussi son cinquième César de meilleure actrice, après ceux reçus en 1982 pour Possession, d'Andrzej Zulawski, en 1984 pour L'Eté meurtrier, de Jean Becker, en 1989 pour Camille Claudel, de Bruno Nuytten, et en 1995 pour La Reine Margot, de Patrice Chéreau.
Le succès d'Un prophète a éclipsé les autres films nominés. Coco avant Chanel s'est contenté du César des meilleurs costumes et A l'origine, de Xavier Giannoli, a permis à Emmanuelle Devos d'obtenir le meilleur second rôle féminin. Ni Welcome, de Philippe Lioret, ni Rapt, de Lucas Belvaux, n'ont été distingués.
Enfin, un hommage a été rendu au cinéaste Eric Rohmer, mort le 11 janvier, et une standing ovation a salué l'acteur américain Harrison Ford, qui recevait des mains de Sigourney Weaver un César d'honneur pour sa carrière.
Les meilleurs moments de la Cérémonie
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