
A l'occasion de la diffusion du "red band trailer" (bande-annonce sans visa de contrôle) de Kick-Ass sur Internet, les Etats-Unis se sont offert l'un de ces émois entre morale et voyeurisme qui émaillent la vie du cinéma. On voyait en effet une enfant en costume de super-héroïne y proférer des obscénités d'autant plus remarquables qu'elles sortaient de la bouche d'une actrice de 11 ans, Chloe Moretz.
Adapté d'un comics dont l'auteur est originaire de Glasgow, patrie du "Glasgow kiss" (en français, coup de boule), Kick-Ass prétend être une satire de l'univers des super-héros, tout en profitant sans scrupules de toutes les ressources qu'offrent ces personnages, à commencer par l'attrait qu'ils exercent sur les adolescents mâles. Comme on le sait, ceux-ci constituent une bonne partie de la clientèle des multiplexes de la planète.
Le personnage principal de Kick-Ass appartient à leur tribu. Dave Lizewski (Aaron Johnson) est un lycéen qui partage son temps entre des discussions dépourvues de sens avec ses amis et la masturbation. Jusqu'au jour où il fait l'acquisition d'une combinaison de plongée et se lance dans une carrière de super-héros en dépit de sa carence totale en matière de pouvoirs extraordinaires.
Les premières séquences montrant les efforts de Dave, qui a adopté le pseudonyme de Kick-Ass (botte-train, si l'on veut), pour redresser les torts sont assez amusants. Le réalisateur britannique Matthew Vaughn ne rechigne pas devant la représentation de la violence et le pauvre Kick-Ass fait mal rien qu'à voir.
Mais bientôt son chemin croise celui de Hit Girl, la super-fillette évoquée plus haut. Masquée, en tenue violette, elle est l'élève de son père, Big Daddy, à qui Nicolas Cage, toujours aussi peu économe de ses efforts, confère une aura inquiétante. Il pâlit quand sa fille lui annonce qu'elle veut un chiot et une poupée pour son anniversaire et retrouve son aplomb quand elle lui dit : "Mais non papa, je déconne, je veux un couteau de combat modèle 42."
Matthew Vaughn exploite à merveille le potentiel comique de la situation, mais ne renonce pas à mettre en scène un film d'action sanguinolent, qui doit beaucoup à Quentin Tarantino : rien ne vaut un tueur qui n'a pas la tête de l'emploi. Et il faut bien admettre que Chloe Moretz a encore moins la tête d'une tueuse que Uma Thurman. Pourtant, en deux heures de Kick-Ass, elle fait presque autant de victimes que la mariée de Kill Bill en deux fois plus de temps.
Il arrive que la combinaison des deux registres produise une atmosphère délicieusement absurde et vaguement inquiétante, comme pendant les duos entre Nicolas Cage et Chloe Moretz, ou lors des interventions de Christopher Mintz-Plasse, acteur au physique inoubliable (qui lui vaudrait de se faire casser la figure à la récré, s'il n'était pas devenu vedette de cinéma), qui incarne le fils d'un génie du mal.
Mais on peut aussi s'agacer des libertés que le scénario prend avec le postulat de départ (Hit Girl est censée n'être qu'une petite fille particulièrement douée pour les arts martiaux, mais elle est ici dotée de super-pouvoirs) et surtout de la complaisance hypocrite envers la violence présentée comme un mal redoutable (lorsque Kick-Ass se fait martyriser), une matière à gags irrésistibles (lorsqu'un truand en fait cuire un autre dans un four à micro-ondes) et enfin comme le seul moyen de terminer un film. Kick-Ass se termine en effet par une bataille rangée au très lourd bilan, dans les rangs des méchants, bien sûr.
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