jeudi 21 mai 2009

Critique - "A l'origine" : un escroc bloqué sur l'autoroute de l'espoir

L'histoire d'un perdant qui reconquiert sa dignité, Xavier Giannoli nous l'avait déjà contée voici trois ans, dans cette même compétition, avec le formidable Quand j'étais chanteur. Resservi à nouveaux frais, le motif revêt dans A l'origine les oripeaux du film d'arnaque et de la fiction sociale. Paul (François Cluzet), la cinquantaine, sort de prison. Viré de partout, sans travail ni perspectives, il est un zéro de notre belle société de consommation. Volant les économies d'un ami (Gérard Depardieu), il s'enfuit un beau matin avec en tête un projet dont l'inexplicable folie sera le sujet même du film.

Installé dans une petite ville du nord de la France, il usurpe l'identité d'un cadre d'un géant du bâtiment et fait croire à tous qu'il est mandaté pour relancer la construction d'une autoroute (la A61 bis), abandonnée après une mobilisation écologiste en faveur des scarabées. Avec un taux de chômage régional à 25 %, la maire du village (Emmanuelle Devos), les édiles, le banquier, les sous-traitants locaux, les ouvriers victimes des délocalisations, tout le monde le traite en homme providentiel.

Le plan marche au-delà de ses espérances. Les entrepreneurs lui glissent des enveloppes pour en être, la maire lui ouvre les portes de l'administration, le banquier s'engage à couvrir ses découverts, les ouvriers se mettent au travail. Devant l'ampleur que prend son projet, Paul songe à filer à l'anglaise. Quelque chose d'extraordinaire va pourtant l'en empêcher. La honte de gruger des gens aussi démunis que lui, la soudaine considération sociale qu'il reçoit, les sentiments qui commencent à l'attacher aux gens qui l'entourent.

Cet improbable retournement de situation transforme une banale escroquerie en utopie sociale. Tandis que la supercherie commence à prendre l'eau, Paul met tout en œuvre pour terminer son tronçon, quitte à y employer l'argent qu'il avait dérobé. Cette histoire, d'un romanesque échevelé, serait trop belle si elle n'était inspirée d'un fait divers.

Xavier Giannoli rejoint ainsi ces nombreuses fictions (depuis La Raison du plus faible de Lucas Belvaux jusqu'à Welcome de Philippe Lioret) qui opposent l'arme de la fantaisie à une injustice sociale devenue insupportable. Mais il signe aussi une discrète parabole sur le cinéma, dont les objectifs et les moyens mis en œuvre par l'escroc recoupent ceux du réalisateur. La construction d'une illusion, l'aventure collective, la valeur symbolique du résultat... Filmé en gloire par Giannoli, ce bout d'autoroute en construction n'évoque pas seulement l'image d'un plateau sous les sunlights, il le fut en vérité. C'est sans doute ce qu'il y a de plus séduisant dans ce film, desservi par sa longueur et son manque d'aspérités.

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