La comédienne Emmanuelle Devos ne ménage pas sa présence à Cannes cette année. Elle joue dans deux films montrés en compétition : Les Herbes folles d'Alain Resnais, et A l'origine, de Xavier Giannoli.Vous apparaissez dans ces deux films mais vous n'en occupez pas le centre. Comment choisissez-vous un projet ?
- J'ai toujours peur de faire un film pour rien. Dans cette perspective, je choisis un réalisateur qui possède un point de vue. Je ne m'engage jamais dans un film pour un personnage. Ça ne suffit pas. J'ai accepté Les Herbes folles pour Alain Resnais. Sinon, mon personnage n'avait rien d'intéressant dans le scénario. Je voulais voir comment cet homme parvient à réaliser des plans d'une fantaisie incroyable.
J'ai de toute façon un ego qui s'accommode de la minceur d'un rôle. C'est d'ailleurs l'une des questions que je me pose cette année. Mon intérêt pour un metteur en scène pourrait me conduire à accepter un rôle de figurante, quand j'ai aujourd'hui envie de m'investir dans un rôle plus prenant, qui demanderait ma présence d'un bout à l'autre du tournage.
Votre brève présence dans De battre mon cœur s'est arrêté, de Jacques Audiard, alors que vous teniez le rôle principal de son précédent film, Sur mes lèvres, ne résume-t-il pas ce grand écart ?
- Je ne peux rien refuser à Audiard, c'est comme ça. Mais il va falloir que ça s'arrête, sinon les gens ne me proposeront plus que des rôles brefs. Mon rôle de secrétaire sourde dans Sur mes lèvres est celui qui m'a le plus satisfaite. J'avais pu le préparer à l'avance, nous avions bien bossé en amont, ce qui est rare dans le cinéma français.
L'une des raisons pour lesquelles on ne me demande pas de faire des rôles trop visibles, c'est qu'on finit toujours par me voir. Xavier Giannoli me l'a fait remarquer. Il ne croyait pas que mon rôle prendrait autant d'importance dans le film. Je suis moi-même surprise. J'avais également accepté un rôle très bref dans Plus tard tu comprendras d'Amos Gitai. Je voulais travailler avec lui, et je n'ai pas été déçue. J'y ai trouvé un intérêt évident. J'ai terriblement peur de l'ennui. Si je m'ennuie sur un plateau, je peux tout casser.
Le choix de votre partenaire à l'écran est-il aussi important que celui d'un réalisateur ?
- Je suis très sensible à ce que fait mon partenaire. J'ai le défaut d'être spectatrice de la personne en face de moi, et quand c'est intéressant, j'adore. Je pourrais vous raconter une prise avec Catherine Deneuve, sur le plateau d'Un conte de Noël, d'Arnaud Desplechin, où elle dit "merci" de 14 façons différentes. Pour Les Herbes folles, je voulais tourner avec Sabine Azéma. Je tenais à observer ce phénomène de près. J'ai rarement l'occasion de tourner avec des actrices, toujours avec des garçons.
Comment décririez-vous le jeu de vos partenaires masculins à l'écran ?
- J'adore l'arythmie de Mathieu Amalric dans Un conte de Noël. On ne sait jamais s'il connaît ou non son texte. Il y a de la panique dans son œil. Je suis assez jalouse des rôles qu'il tient chez Desplechin. Je voudrais parfois être à la place d'Amalric. Le sens de l'improvisation de Vincent Cassel dans Sur mes lèvres est assez phénoménal. C'est sidérant. Il y avait des dialogues très écrits, et Audiard demandait à ce que nous cassions le texte. A un moment, le personnage interprété par Cassel dit : "J'étais à Centrale", je lui demande : "Quelle centrale ?", et là, il me répond : "La centrale des particuliers." C'est une blague minable, absente du scénario mais, à l'écran, elle fait mouche.
Dans L'Adversaire, de Nicole Garcia, j'avais été impressionnée par le regard de Daniel Auteuil. Il m'avait hypnotisée. Je ne savais plus comment m'en sortir. Chez François Cluzet, mon partenaire d'A l'origine, sa panique, ses accès de nervosité, sont très beaux à voir.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire