Il arrive parfois à Cannes que deux univers en apparence diamétralement opposés se rejoignent le temps d'une soirée. C'est ce qui s'est passé, vendredi 15 mai, lors de la projection officielle du film du réalisateur américain Lee Daniels, Precious, dans le cadre de la section Un certain regard. Les chanteurs Mariah Carey et Lenny Kravitz, après avoir fait crépiter les flashes des photographes en montant les marches du Palais des festivals, sont venus rejoindre l'équipe du film sur la scène de la salle Debussy - une salle voisine du Grand Théâtre Lumière où se déroulent les projections des films en compétition pour la Palme d'or - pour présenter ce long métrage, digne représentant du cinéma indépendant américain. Il concourt dans la section Un certain regard destiné à mettre en lumière des oeuvres originales.Avec ce film déjà récompensé en février par le grand prix du Festival de Sundance, on est pourtant à des milliers de kilomètres de l'univers mondain et pailleté de la Croisette. S'inspirant du roman de Sapphire, Push, le réalisateur filme l'histoire tragique d'une adolescente noire de 16 ans, Clareece "Precious" Jones, obèse, violée depuis l'âge de trois ans par son père atteint du sida, mère de deux enfants nés de cet inceste, régulièrement battue par une mère qui lui reproche le départ de son mari et séropositive. Malgré cette trame plus qu'horrible, l'héroïne - magnifiquement interprétée par une actrice non professionnelle, Gabourey "Gabby" Sidibe - témoigne d'une rage de vivre et d'une volonté de s'en sortir très émouvantes. Elle croise notamment sur son chemin une série de personnages qui lui viennent en aide : une assistante sociale incarnée par une Mariah Carey pratiquement méconnaissable, un médecin auquel Lenny Kravitz prête ses traits, une enseignante dans une école alternative (Paula Patton).
A la fin de cette projection, la salle visiblement très touchée par ce destin hors normes a offert à Lee Daniels une standing ovation de plus de dix minutes digne des plus grands cinéastes. Egalement très ému par cet accueil des spectateurs, le réalisateur a fini en larmes dans les bras de sa mère et de Mariah Carey.
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